Cinema et santé mentale

Articles étiquettés ‘Away from her’

Alzheimer au Cinema

4 avril 2009 · 3 commentaires

Les circonstances de la vie ou les actualités font qu’à un moment donné  le cinéma vous rappelle qu’il s’est intéressé à tel ou tel sujet de société et a tenté d’en transmettre les émotions.

iris

L’Alzheimer, maladie cruelle tant dans son pronostic  d’incurabilité que dans les mystères controversés de ses origines, a fait l’objet, ces dernières années, de diverses tentatives de représentation allant du récit biographique (Iris) au polar (De Zaak Alzheimer’s , Cortex) en passant par une approche plus intime (Away from her).

Le premier film qui  m’a marqué fut IRIS, en 2001, réalisé par Richard Eyre avec Judy Dench, Jim Broadbent et Kate Winslet.

Je ne connaissais pas du tout la romancière anglaise Iris Murdoch ni son oeuvre, ni qu’elle mourut de l’Alzheimer à 79 ans avant de découvrir ce film.  Le film , usant d’allers et de retours,  entre la jeune femme, créative, indépendante et novatrice, intellectuelle de haut vol,  et la femme d’âge mur, auteur reconnu,   saisissant parfaitement la détérioration mentale vers laquelle elle s’achemine inexorablement est un touchant portrait de la lutte d’une femme (et d’un couple) contre la maladie.

Cet extrait en est une illustration :

La BA Internationale Bande-annonce internationale

Plus récemment, le film de Sarah Polley en 2006, AWAY FROM HER

away-from-her2

avec Julie Christie, mettant en scène l’histoire d’un couple (Comme pour IRIS)  affrontant la maladie et tentant de s’adapter aux bouleversements qui s’en suivent, me ramenait à des choix essentiels, et à l’acceptation :

Dans ces deux films (nord-américains) cependant, on peut percevoir comme une vision un peu altérée, si ce n’est élitiste de la représentation de la maladie et de son environnement; Ils réunissent des personnes  venant de milieux privilégiés, avec des parents, des conjoints plutôt compatissants, comprenant la maladie, ayant tout au moins un un accès intellectuel vers elle. Une vision assez cinématographiquement idéale  au final.

Le cinéma européen à travers deux autres  films porte un regard un peu plus plus décalé sur cette maladie.  La maladie existe mais n’est pas une fin en soi;  Le malade, l’individu, sa personnalité, reste jusqu’à la fin prépondérente, s’illustrant non plus en tant que personne malade mais en tant que personne continuant à agir, doutant, prenant parti  dans la solitude de sa maladie… ;  le contexte dramatique de l’action choisie dans ces deux films est l’univers du polar, à travers ce film belge (2003) de Erik Van Looy,  De Zaak Alzheimer ou Cortex de Nicolas Boukhrief (2008)

Ces deux derniers films arpentent évidemment le même thème… la mémoire et la perte de cette mémoire. Ils la replace, contrairement aux deux autres films nord-américains, dans un contexte plus basique, plus tribal,  plus violent et désespéré parfois… La lutte organique et éternellle  contre le Mal(adie), moteur fondamental et fédérateur de toute société humaine.  La maladie sort du noyau clos des proches et se frotte à la société, non plus comme une plaie mais comme une anomalie  sacrée ayant sa place, et nous permettant de continuer à voir… Prisme ? Grââl ? A chacun son analyse.

De Zaak Alzheimer : De Zaak Alzheimer

La BA internationale :

Dans le même ordre d’idée, Cortex amène André Dussolier à lutter et à probablement trouver un sens à sa maladie en affrontant de l’intérieur d’une maison de soins un tueur en série.

La MEMOIRE est un thème qui a fait les beaux jours du cinéma, depuis Rosebud dans Citizen Kane,  jusqu’à Memento de Chris Nolan. Et il y en a bien d’autres…

En attendant, en souvenir de ces deux films :

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LES INFIRMIERS (ERES) PSYCHIATRIQUES AU CINEMA – Regards sur 60 ans de cinéma hollywoodien.

15 février 2009 · Laisser un commentaire

“The Snake Pit” de Anatole Litvak (1948)

“Away from Her (Loin d’elle) ” de Sarah Polley (2006)

away-from-her


La  représentation de “l’infirmier psy” au cinéma (NB : J’emploierai pour des raisons de simplification le terme “infirmier” au masculin) connait un peu le même destin que celui du psychiatre, souvent réduit à des rôles de détenteur du POUVOIR tantôt gardien de prison sadique et sans coeur, ou a contrario, de figure angélique maternelle/paternelle peu nuancée dans ses intentions.

Le rôle thérapeutique de l’infirmier et la relation qu’il a avec les patients est quasi toujours limitée dans ces films à “l’enceinte” de l’hôpital psychiatrique, aux murs, à des actes infirmiers connus et agréés du grand public, (comme la prise de médicaments, les injections, la tenue rigoureuse du dossier) et à des relations très stéréotypées (contention forcée, règles institutionnelles). Bref, peu de nuance sont données aux profanes, du rôle réel de l’infirmier psychiatrique dans la prise en charge, souvent complexe, des malades mentaux.

Tout comme pour les médecins psychiatre, le cinéma contribue à la survie de certains clichés, parce qu’ils servent la dramaturgie d’un film d’une part, qu’ils cotoient une certaine réalité parfois,  mais peut-être aussi, d’autre part, parce que tout ce qui touche au monde de la psychiatrie reste un domaine sensible et lointain (terre inconnue) pour le grand public.

Les faits divers récents survenus en Belgique (Dendermonde, Geneviève Lhermitte) alimentent la polémique et donc le doute du grand public sur la capacité de ces soignants à agir et à “protéger” la société. Vaste débat, tant on sait que la majorité des patients qui partagent notre quotidien sont innofensifs, mais que l’attention toujours se porte sur des cas isolés et dramatiques.

Le cinéma se devrait-il donc de relayer un message plus positif et explicatif sur ces soignants et tout le travail qu’ils accomplissent quotidiennement ? Sans nul doute…

Mais il reste beaucoup à faire pour démonter tout ces clichés, et ce démantèlement ne peut se faire que par les soignants eux-mêmes… ILS doivent se faire connaître pour expliquer leur travail, leurs difficultés, mais aussi toutes leurs REUSSITES ! Le cinéma et les faits divers n’en parlent guère.

Un article paru voici deux ans dans la revue “International Journal of Psychiatric Nursing” sous la plume de Keri de Carlo, infirmière au St George Mental Hospital, à Sydney, Australie, m’a semblé intéressant à signaler et à illustrer par quelques clips et photos sur ce blog. L’auteure y analyse 19 films américains, sortis entre 1942 et 2005, et qui à des degrés divers présentent les clichés et stéréotypes du travail infirmier en psychiatrie.

L’article source auquel je fais référence est :

DE CARLO Keri
Ogres and angels in the madhouse. Mental health nursing identities in films.
Int J Mental Health Nurs. 2007, 16, 338-48.

Abstract/Résumé

Voici quelques uns des 19 films qui illustrent l’article  et d’autres que j’ai rajouté:

EVIDEMMENT Un des plus célèbres, ONE FLEW OVER THE CUCKOOS’S NEST… Infimière psy interprétée par LOUISE FLETCHER….

Une autre représentation d’un travail qui incombe  principalement aux infirmiers, la mise sous contention : Extrait de “Frances”, basé sur le biopic de la comédienne Frances Farmer et réalisé par Graeme Clifford (1982), actrice Jessica Lange.

L’accueil et les règles… Whoopy Goldberg est l’infimière-chef dans ce film de James Mangold (1999), Girls’s Interrupted (Une vie volée), traitant ici d’une unité de soins pour adolescents.

Pour terminer sur une note plus optimiste, j’ajouterai à la liste de Keri De Carlo, le très joli film de Sarah Polley,  sur la maladie d’Alzheimer,  Away From Her, qui met un peu en lumière le travail accompli par des infirmiers en psychogériatrie. L’infirmière est interprétée par Deanna Dezmari, pas trop mise en avant dans la B.A.  mais si vous voyez le film…

Souhaitons donc que ce métier, soit dorénavant dans la vie réelle… lui aussi récompensé !


(Le patient Jack Nicholson et l’infirmière-chef Louise Fletcher remportent tout deux l’Oscar des meilleures acteurs en 1976 pour Vol Au-dessus d’un nid de coucou de Milos Forman)

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